Les ex-voto de la basilique Notre-Dame de Liesse

 

C’est une première grâce de savoir reconnaître un bien qui est survenu dans notre vie ; c’est une seconde grâce d’y reconnaître l’action de Dieu ; et c’est une troisième grâce de savoir en rendre grâce à Dieu.

Les ex-voto relèvent de cet esprit de foi et de reconnaissance. Ils disent à Dieu et à la Vierge Marie notre affection et la prise de conscience de leur présence active Ils disent la foi des pèlerins et souvent, témoignent d’une reconnaissance, à la suite d'un vœu (« ex-voto »).

Auprès de la Vierge qui a libéré les prisonniers, les ex-voto de notre basilique disent souvent MERCI pour une libération, une victoire sur les forces du Mal: :

 

Dans la sacristie, les béquilles de malades guéris témoignent depuis plusieurs siècles de guérisons physiques, mais on remercie aussi pour des transformations intérieures (« Merci pour une guérison morale et physique ». 1899)

 

Sous la nef, malgré la distance qui nous sépare du littoral, est suspendue la maquette du « Soleil royal », offerte en 1692 par l’amiral de Tourville sorti vivant d’un éprouvant combat naval.

 

Un vitrail du 18ème siècle rappelle un autre événement miraculeux attribué à Notre-Dame de Liesse. L’arrêt d’un incendie, à Berry-au-Bac. Dans le même esprit, on lit ailleurs : « Merci d’avoir sauvé deux fois nos récoltes »

En 1715, les habitants de la Paroisse Sainte Geneviève, du diocèse de Beauvais font le vœu solennel « d’aller au nombre de quatre, accompagnés de Monsieur le Curé, y entendre la Sainte Messe… pour tâcher d’y fléchir, par l’intercession de la Sainte Vierge, la justice de Dieu qui châtiait la paroisse par une maladie contagieuse qui a enlevé un certain nombre de ses habitants et attaqué dans le temps de la moisson… ». Le texte de ce vœu est encore affiché dans la sacristie.

 

Un soldat a offert la montre qui arrêta une balle de fusil et lui sauva ainsi la vie. Quelqu’un dit « merci pour la protection lors d’un voyage ». (1904)

 

Des plaques en marbre rappellent une conversion (« Merci pour la conversion de mon père ». 1873),  une amélioration obtenue, un procès enfin gagné, la paix, la fidélité…

 

Depuis les origines, des couples viennent demander à Notre-Dame de Liesse la grâce de donner la vie. Et souvent, ils écrivent leur merci sur le cahier d’intentions ou reviennent en pèlerinage avec une petite Marie-Liesse, Ismérie ou Laetitia. Un grand nombre de plaques, dans la basilique et dans la sacristie, disent  Merci pour des naissances, pour une vie longtemps désirée. Mais le plus grand ex-voto fut, lui aussi, offert en remerciement pour une naissance. En effet, le grand autel et l’arc triomphal, furent offerts en 1610 par Marie de Médicis après la naissance de Louis XIII

 

L’ensemble de l’édifice fut embelli au cours des âges par une foule de bienfaiteurs qui exprimèrent ainsi leur dévotion et leur attachement à ce sanctuaire, à commencer par les familles royales ou princières :

 

Le Jubé fut offert en 1616, par Marie de Gonzague, de la famille des Guise de Lorraine. (voir le descriptif dans le chapitre BASILIQUE)

 

Le chanoine Dantheny, curé peu avant la Révolution offrit les Boiseries du choeur, la chaire, le banc d’œuvre, de nouveaux confessionnaux, de nouvelles orgues et la grille de communion.

 

La duchesse de Berry  donna un calice en 1820, après la mort de son mari, et, lors des cérémonies du couronnement de 1857 les paroisses et les fidèles offraient des cœurs en métal doré, refermant des intentions de prière de demande ou d’action de grâces.

C’est à Madame de Valois que le sanctuaire de Liesse est redevable de son grand orgue actuel, qui, à ce titre porte ses armoiries. Elle avait, en quelque sorte, adopté le  R.P. Richard, jésuite, curé de la paroisse de 1861 à 1866, décédé en janvier 1881. Elle a offert aussi les autels des transepts, dédiés d’un côté au Sacré-cœur et de l’autre à Saint Joseph, ainsi que leur retable ajouré, et les deux statues de l’atelier d’art chrétien de Munich qui les couronnent.

Ajoutons encore à la liste de ses dons presque toutes les anciennes verrières de l’église, qui relataient la venue des rois de France, « un grand ostensoir en vermeil, riche pièce d’orfèvrerie, tous les bronzes de l’église, cette légion de candélabres qui, à l’autel ou appliqués aux murailles, font de si brillantes illuminations et le dais processionnel avec ses pentes chargées de broderies et bien d’autres richesses »(Le Messager. 1881)

 

Après la première guerre mondiale, les jésuites récompensés pour leur service dans l’infirmerie, offrirent leurs décorations militaires. Celle du Père Doncœur , le plus décoré, porte 3 palmes et 5 étoiles. A ces médailles s’ajoutent plusieurs panneaux de décorations de soldats épargnés lors des combats sanglants.

 

Les objets militaires abondent : des sabres et des épaulettes, une légion d’honneur signée de Napoléon III, de nombreuses autres décorations se référant à des campagnes sur tous les continents.

 

Très étonnante, l’étoile juive remise en ex-voto par le lieutenant Paul OSTIER avec la médaille de son régiment, le 311ème régiment d’artillerie, après le seconde guerre mondiale. Ayant visité la basilique, il avait été frappé par la ferveur de certains de ses camarades qui visitaient cette église avec lui.  Il avait fait encadrer lui-même  cette médaille. Il fut baptisé vers 1942 par un moine de Solesmes et l’un de ses 5 garçons, Etienne, devint prêtre à Paris.

 

Outre les récompenses militaires, c’est toute la vie qui est exprimée ici, à travers de simples objets qui symbolisent le bonheur d’une vie réussie, d’un quotidien placé sous la divine protection :  médailles de la famille, médailles du travail… Les donateurs n’oublient pas qu’une force intérieure leur a permis d’obtenir ces mérites, dont ils sont récompensés. Ils sont reconnaissants : « Merci pour le succès d’un commerce » (1889), pour des examens réussis (« Merci pour mon baccalauréat », « Merci pour deux examens ».). Des marchands de la ville de Paris ont offert un tableau qui représente la Pentecôte.

Après l’explosion de 1940 qui pulvérisa les anciennes verrières, les Frères des écoles chrétiennes firent installer le premier des vitraux actuels, pour perpétuer l’honneur rendu à Jean-Baptiste de la Salle, leur fondateur, qui se consacra ici, en 1884, avec les 12 premiers frères. (voir chapitre vitraux)

 

Témoignant du rayonnement de Notre-Dame de Liesse en Afrique, des fidèles  ont tenu à rendre présente leur culture par des masques et d’autres objets africains..

 

Nous ne pouvons pas tout citer : il faudrait encore parler des manteaux et des couronnes de la Vierge, du reliquaire qui contient les cendres de l’antique statue, des 31 cloches du carillon et de tout le décor de cette merveilleuse basilique, entretenue, aujourd’hui encore grâce à la générosité des fidèles, avec l’appui de l’Association « Les Amis de la basilique ».

 

Que sont devenus les anciens ex-voto ?

 

De nombreux ex-voto répertoriés autrefois furent pillés et le métal précieux a été fondu, tel le navire de 30kg en argent, offert par Henriette de France pour avoir été épargnée par une tempête… En avril 1948, deux voleurs s’emparèrent des couronnes de 1857. Mais les fidèles en offrirent de plus belles.

 

Le plus grand nombre des donateurs n’ont souvent laissé que leurs initiales. Ils ont préféré garder en leur cœur le motif de leur action de grâces. Mais ceux qui ont pu l’expliciter et ont bien voulu laisser leur témoignage tracent, pour nous, un chemin de louange. Pour eux, comme pour nous, Jésus et sa mère, Notre-Dame de Liesse, restent toujours « Cause de notre joie » !