Notre-Dame de Liesse  et son Carillon

 

Historique :

 

"Quand les trois Chevaliers d'Eppes se retrouvent dans leur pays, au hameau de Liance, Commune de Marchais, avec la Princesse musulmane Ismérie, convertie au Catholicisme et baptisée par l'Evêque de Laon, Barthélémy de Vir, au retour des Croisades, la contrée en fut transformée. Le premier miracle attribué à la Vierge Miraculeuse rapportée du Moyen-Orient eut lieu en 1139 - cinq ans après ce 2 juillet 1134 qui marqua l'origine de Notre-Dame de Liesse et de son pèlerinage.

 

 

Dès le 14ème siècle, la renommée du Sanctuaire de Liesse dépasse le diocèse de Laon, elle déborde la Picardie. A partir du 15ème siècle, elle gagne les Flandres, la Champagne. la Normandie et l'île de France. Elle fait son entrée solennelle à la Cour des, Rois.

 

La Chapelle primitive est restaurée et agrandie plusieurs fois. Au 15ème siècle, l'Évêque de Laon, Charles de Luxembourg, l'embellit d'un portail. Marie de Médicis, à la naissance de Louis XIII, offre à l'église  le retable noir et orne la colonne de jaspe et l'arc, triomphal qui couronne le Maître-Autel. Louis XIII et Anne d'Autriche n' ayant pas d'héritiers font élever la sacristie, dotée de somptueux vitraux.

 

Vers 1860, commencent des travaux importants qui devaient donner plus d'étendue à l'église de Liesse (depuis la Révolution, paroisse indépendante de Marchais)  et toujours trop petite pour les foules qui venaient y invoquer Marie. Deux portes latérales furent ouvertes, huit chapelles furent construites et dotées de magnifiques vitraux. Le bas-côté sud fut construit en 1873 et le bas-côté nord en 1884. Ces travaux contribuèrent à l'embellissement du sanctuaire qui fut érigé en Basilique mineure, le 26 février- 1913.

 

Quand l'église de Liesse fut-elle dotée d'un clocher et de cloches?

 

La Révolution Culturelle de 1793 nous a privés de tout document et de plusieurs cloches.

La plus ancienne des cloches actuelles, MARIE, qui donne le SOL dièse, fut bénite par Monseigneur de Sabran, Evêque de Laon en 1784.

Mais on devine aisément l'état de délabrement et de ruine dans lequel se trouvait l'église de Liesse au lendemain de la tourmente. La statue miraculeuse fut brûlée par les révolutionnaires et les cloches qui n'appelaient plus aux offices furent jugées inutiles et même nuisibles. Les Liessois eurent beau prétendre, que le pèlerinage est Liesse", il fallait obéir à la Loi, le 7 novembre 1193, le district de Laon recevait trois cloches de la petite église.

 

Le nouveau bourdon EUGÉNIE, don de l'Empereur Napoléon III, fut baptisé les 15 et 17 Août 1857 et rejoignit dans le clocher trois nouvelles cloches, Joseph, Jeanne et Joachim. Les cinq cloches de Liesse sonnèrent ainsi les joies et les deuils de la population jusqu'en 1917.

 

Mais je laisse au chroniqueur du temps, le soin de s'exprimer dans la langue de son temps:

 

"Hélas ! Une suprême douleur nous était réservée. L'ordre vint un jour d'enlever toutes les cloches. Elles devaient être brisées, fondues et  utilisées dans les fabriques de munitions!

Le mercredi 31 janvier 1917, les trois petites cloches, Joseph, Anne et Joachim  furent démontées et jetées par la fenêtre qui se trouve dans le transept, du côté de la mairie. On nous laissa provisoirement les deux cloches principales. Hélas ! ce provisoire ne devait pas durer longtemps. Quelques mois plus tard, on annonça que les deux cloches qui restaient devaient être emmenées en Allemagne.

On tenta des démarches pour sauver le bourdon et l'ancienne cloche MARIE (1784), Monument Historique, antérieur à la Grande Révolution. Les efforts ne restèrent pas sans résultat. La cloche "MARIE" fut sauvée. Quant au bourdon, don de l'Empereur Napoléon III, il fut à son tour précipité du haut de l'église par une brèche faite dans le mur. Il tomba sans se briser sur les poutres et la paille préparées pour le recevoir. C'était le 17 Août 1917.!"

 

La basilique de Liesse ne pouvait se contenter de la seule cloche qui, une fois encore, lui restait.

 

Dans les premiers jours de 1920, une commande de huit cloches nouvelles était faite à la Maison Paccard d'Annecy. Elles arrivèrent dans le courant d'octobre 1921 et leur baptême eut lieu le 30 Octobre.

Sur le nouveau bourdon on peut lire en français : "Ces huit cloches fondues par les Fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux, remplacent les cloches enlevées par les Allemands à la Basilique de N.-D. de Liesse durant la guerre de 1914 à 1918. Elles ont été bénites par Mgr Binet, Evêque de Soissons, le 30 Octobre 1921. Le Père Paul de Parvillez sj. étant curé de Liesse, le Père Cambon sj. vicaire, M. Georges Calmus, Maire de Liesse, M. Alexandre Millerand, Président de la République, Sa Sainteté Benoît XV, Souverain Pontife".

 

 

Voici les caractéristiques de ces huit cloches :

 

Le bourdon, Jeanne-Charlotte, (remplaçante d'Eugénie)  pèse 1 796 kg et donne le DO dièse.

La 2° cloche, Marguerite-Marie-Thérèse, pèse 736 kg et donne le FA

La 3°, Suzanne-Renée, pèse .369 kgB et donne le  LA dièse

La 4°, Agathe-Henriette-Caroline, pèse 225 kg et donne le DO dièse

Ce sont là, les quatre cloches utilisées pour le carillon de volée.

 

La 5° cloche, Marie-Paule, pèse 297 kg et donne le SI

La 6° cloche, Claire-Lucienne-Louise, pèse 150 kg et  donne le Ré dièse

La. 7°, Anaïs-Pauline-Malvina, pèse 105 kg et donne le FA

La 8°, Marie-Aimée-Emilie, pèse 85 kg et donne le FA dièse

 

On notera que ce premier carillon de 9 cloches a été conçu en fonction de la cloche Marie de 1784 et qui donne le SOL dièse. Il donne le DO dièse grave et l'octave diatonique de FA dièse.

 

Lors du baptême, Monseigneur Binet avait dit :

"Les cloches de Liesse sont des cloches à part, parce que la Basilique de Liesse est une église à part et pour cette raison, notre piété et notre ambition filiale voulaient une restauration et un éclat d'après guerre sans rival dans tout le diocèse". Ce vœu devait bientôt se réaliser.

 

Cédant aux instances du Frère Lagercies, sj, sacristain et musicien, qui avait la nostalgie des carillons du Nord dont il était originaire, le Père de Parvillez fit ajouter à partir de 1925 vingt et une autres compagnes aux neuf grandes soeurs du clocher, parmi elles, un do (environ 300 kg) et un MI (environ 120 kg) ce qui dota le carillon de Liesse de deux octaves chromatiques et demie, à l'exception du RE, toujours manquant.

 

 

Le carillon fut doté d'un clavier manuel à grosses touches blanches et noires "à la française", comme celui de l'Hôtel de Ville de CAMBRAI. L'inauguration fut faite en 1932 par le Maître, Maurice LENFANT de ROUEN.

 

La guerre de 1939-1945 fut l'occasion de certaines exactions et les pièces régulatrices en cuivre disparurent pendant la "chasse aux métaux non ferreux".

 

Entre 1959 et 1964, le Père Georges Hénin réussit cependant à faire chanter agréablement les cloches de Liesse au moyen de transmissions de fortune et c'est en 1969 que, grâce à la générosité de nombreux bienfaiteurs et sur l'initiative du Père Paul Thomas, recteur de la Basilique, curé de Liesse et de M. Paul AUGEIX, maire, le carillon fut restauré dans ses transmissions. Le système de commandes fut entièrement reconstruit selon le plan primitif par M. Maréchal de Laon, concessionnaire de la Maison Ungerer de Strasbourg.

 

 

 

 

Enfin, à l'occasion de l'Année Gothique en Picardie, le Carillon de la Basilique fut doté d'un clavier flamand à bâtons. Un concert d'inauguration fut donné par le Maître Jacques LANNOY de DOUAI, Président de la Guilde des Carillonneurs de France, le Dimanche 18 Mai 1975."

 

Henri WOITELLIER* *

Carillonneur de Notre-Dame de Liesse de 1969 à 1993

 

 

Cet article sur notre Carillon est paru dans une revue spécialisée des Carillonneurs,

"L'art Campanaire".

 

 

Enfin, "grâce aux bons soins de Monsieur l'Abbé Woitellier  et de la municipalité de Liesse, une nouvelle cloche carillon fut bénite par le Père Thomas en 1981. Cette trente et unième cloche, RE, de 190 kg, donne au carillon, deux octaves chromatiques complètes. Elleporte  le nom de NOTRE-DAME DE LIESSE".

 

Actuellement, le carillonneur officiel est M. Bruno MAES, de Reims. Mais nous avons la joie d'accueillir d'autres carillonneurs, tel M. Francis Crépin, carillonneur de Saint-Quentin, venu en 2004 et 2005.

 

Avis aux amateurs !